Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


N� 7. - LES PHENOMENES SPIRITES DANS LA BIBLE.

 

On a beaucoup insist� sur les d�fenses de Mo�se contenues dans l'Exode, le L�vitique, le Deut�ronome. C'est en s'inspirant de ces d�fenses que certains th�ologiens condamnent l'�tude et la pratique des faits spirites. Mais, ceux que Mo�se condamne, ce sont les magiciens, les devins, les augures, en un mot tout ce qui constitue la magie, et c'est ce que fait le spiritualisme moderne lui-m�me. Ces pratiques faussaient la conscience du peuple, brisaient, son initiative ; elles obscurcissaient en lui l'id�e divine, en affaiblissant la foi en cet Etre supr�me et tout-puissant que le peuple h�breu avait mission de proclamer. Aussi les proph�tes ne cessent-ils de le mettre en garde contre les � enchantements et les sortil�ges � qui le perdent[1] .
Les interdictions de Mo�se et des proph�tes n'avaient qu'un but : pr�server les H�breux de l'idol�trie des peuples voisins. Peut-�tre aussi ne visaient-elles que l'abus, le mauvais usage des �vocations, car, malgr� ces prohibitions, les ph�nom�nes spirites abondent dans la bible. Le r�le des voyants, des oracles, des pythonisses, des inspir�s de tout ordre y est consid�rable. N'y voyons-nous pas Daniel, par exemple, provoquer par la pri�re des faits m�dianimiques ? (Daniel, IX, 21.) Le livre qui porte son nom est cependant consid�r� comme inspir�.
Comment les d�fenses de Mo�se pourraient-elles servir d'argument aux croyants de nos jours, alors que pendant les trois premiers si�cles de notre �re, les chr�tiens n'y ont vu aucun obstacle � leurs relations avec le monde invisible ?
Saint Jean disait : � Ne croyez pas � tout esprit, mais �prouvez les esprits pour savoir s'ils viennent de Dieu. � (I, Jean, IV, 1.) Ce n'est pas l� une prohibition, au contraire.
Les H�breux, dont la croyance g�n�rale �tait que l'�me de l'homme, apr�s la mort, se rend au scheol pour n'en plus sortir (Job, X, 21, 22), n'h�sitaient pas � attribuer � Dieu m�me toutes ces manifestations. Dieu intervient � chaque instant dans la Bible, et parfois m�me dans des circonstances peu dignes de lui.
Il �tait d'usage de consulter les voyants sur tous les faits de la vie intime, sur les objets perdus, les alliances, les entreprises de tout ordre. On lit dans Samuel, I, IX, 9 :
� Jadis, lorsqu'on allait consulter Dieu, on disait : Venez, allons trouver le voyant ! - Car ceux qu'on appelle aujourd'hui proph�tes, on les appelait voyants. �
Le grand pr�tre lui-m�me rendait des jugements ou oracles au moyen d'un objet d'une nature rest�e inconnue, nomm� urim, plac� sur sa poitrine (Exode, XXVIII, 30. - Nombres, XXVII, 21).
Par une contradiction singuli�re chez ceux qui niaient les manifestations des �mes, on en venait parfois � �voquer les morts, admettant ainsi les faits apr�s avoir ni� la cause qui les produisait. C'est ainsi que Sa�l �voque l'esprit de Samuel chez la pythonisse d'Endor (I, Samuel, XXVIII, 7-14)[2] .
Il r�sulte de ces r�cits que, malgr� l'absence de toute notion sur l'�me et la vie future, malgr� les d�fenses de Mo�se, certains parmi les H�breux croyaient � la survivance et � la possibilit� de communiquer avec les morts. De l� � expliquer l'in�galit� d'inspiration des proph�tes et leurs fr�quentes erreurs par l'inspiration d'esprits plus ou moins �clair�s, il n'y avait qu'un pas. Comment les auteurs juifs ne l'ont-ils pas franchi ? Il n'y a cependant pas d'autre explication. Dieu �tant la sagesse infinie, il n'est pas possible de consid�rer comme venant de lui une doctrine qui n�glige de fixer l'homme sur un point aussi essentiel que ses destin�es d'outre-tombe ; tandis que les esprits ne sont que les �mes des hommes d�sincarn�s, plus ou moins pures et �clair�es, et ne poss�dant sur toute chose qu'un savoir limit�. Leur inspiration, s'�tendant sur les proph�tes, devait n�cessairement se traduire par des enseignements tant�t puissants et �lev�s, tant�t vulgaires et entach�s d'erreurs.
Dans bien des cas m�me, ils durent tenir compte, dans leurs r�v�lations, des n�cessit�s du temps et de l'�tat arri�r� du peuple auquel ils s'adressaient.
Peu � peu, les croyances des Juifs s'�largirent et se compl�t�rent au contact d'autres peuples plus avanc�s en civilisation. L'id�e de la survivance et des existences successives de l'�me p�n�tra de l'Egypte et de l'Inde jusqu'en Jud�e. Les Saduc�ens reprochaient aux Pharisiens d'avoir emprunt� aux Orientaux la croyance aux vies renaissantes de l'�me. Ce fait est affirm� par l'historien Jos�phe (Antiq. Jud., l. XVIII). Les Ess�niens et les Th�rapeutes professaient la m�me doctrine. Peut-�tre m�me existait-il d�s cette �poque, en Jud�e, comme cela est prouv� plus tard, � c�t� de la doctrine officielle, une doctrine secr�te plus compl�te, r�serv�e aux intelligences d'�lite[3] .
Quoi qu'il en soit, revenons aux faits spirites mentionn�s dans la Bible et qui �tablissent les relations des H�breux avec les esprits des morts, dans des conditions analogues � celles que nous observons aujourd'hui.
Comme de nos jours, leurs m�diums, qu'ils appelaient proph�tes, �taient reconnus tels � cause d'une facult� sp�ciale (Nombres, XII, 6), parfois latente et exigeant un d�veloppement particulier, semblable � celui qui est usit� encore dans les groupes spirites. C'est ce que nous voyons pour Josu�, que Mo�se � instruit � par l'imposition des mains (Nombres, XXXVII, 15-23). Ce fait se retrouve maintes fois dans l'histoire des ap�tres.
Semblable � celle de nos m�diums, la lucidit� des proph�tes �tait intermittente. � Les proph�tes les plus �clair�s �, - dit Le Maistre de Sacy dans son commentaire du livre I des Rois, - � n'ont pas toujours la facult� entra�nante dans la proph�tie. � (Voir aussi Esa�e, XXIX, 10.)
De m�me qu'aujourd'hui, les rapports m�dianimiques tardaient parfois � s'�tablir ; J�r�mie attend dix jours une r�ponse � sa supplication (J�r., XLII, 7).
D'autres exploitaient leur pr�tendue lucidit� pour en faire m�tier et marchandise. Nous lisons dans Ez�chiel, XIII, 2, 3, 6 :
� Fils de l'homme, proph�tise contre les proph�tes d'Isra�l qui proph�tisent selon leur propre coeur : Malheur aux proph�tes insens�s qui n'entendent que la voix de leur propre esprit !... Ils ont des visions de vanit� et des divinations de mensonge, faisant parler l'Eternel qui ne les a point envoy�s. Ils donnent des esp�rances que l'�v�nement ne r�alise point ! � Voir aussi Mich�e, III, 11 et J�r., V, 31.)
Dans l'antiquit� juive, on avait souvent recours � la musique pour favoriser la pratique de la m�diumnit� ; Elis�e demande un joueur de harpe pour pouvoir proph�tiser (Rois, II, III, 15), et l'obscurit� �tait regard�e comme propice � cet ordre de ph�nom�ne. � L'Eternel veut habiter dans l'obscurit�, � dit Salomon, parlant du lieu saint, lors de la d�dicace du Temple (Chron. II, VI, 1), et c'est en effet dans le sanctuaire qu'ont lieu souvent les manifestations : la � nu�e � s'y montre (Chron. II, V, 13, 14), et Zacharie y voit l'ange qui lui pr�dit la naissance de son fils (Luc, I, 10 et suiv.).
La musique �tait appel�e �galement � calmer les personnes en proie � quelque mauvais esprit, ainsi que nous le voyons pour Sa�l, que soulageait la harpe du jeune David (Samuel, 1, XVI, 14-23).
Appr�ciant � sa valeur le don de la m�diumnit�, on s'appliquait, alors, comme aujourd'hui, � la faire na�tre ; seulement, ce qui se fait actuellement en petit parmi les spirites, se pratiquait jadis sur une plus grande �chelle. D�j� Mo�se, ce grand initi�, avait communiqu�, au d�sert, le don de proph�tie � soixante-dix anciens d'Isra�l (Nombres, XI), et plus tard, en Jud�e, on comptait plusieurs �coles de proph�tes, autrement dit de m�diums, � B�thel, J�richo, Galgala, etc.
La vie qu'on y menait, toute de recueillement, de pri�re, de m�ditation, pr�disposait aux influences spirituelles. Certains proph�tes pr�disaient l'avenir ; les autres, parlant au peuple par inspiration, r�chauffaient son z�le religieux et l'exhortaient � une vie morale.
Les expressions dont ils se servaient pour indiquer leur envahissement par l'Esprit, rappellent la mani�re dont ces ph�nom�nes continuent � se produire de nos jours. � Le fardeau, ou le Verbe, du Seigneur est sur moi, disent-ils. La main du Seigneur est tomb�e sur moi. L'Esprit du Seigneur est entr� en moi. J'ai vu et voici ce que dit le Seigneur. � Rappelons qu'� cette �poque, on consid�rait toute inspiration comme provenant directement de la Divinit�. � L'Esprit se pr�cipite sur lui �, dit encore l'Ecriture au sujet de Samson, dont la m�diumnit� avait pour caract�ristique l'imp�tuosit�. (Juges, XV, 14.)
Quant aux ph�nom�nes eux-m�mes, un examen tant soit peu attentif des r�cits bibliques nous prouvera qu'ils �taient de m�me nature que ceux dont on est t�moin aujourd'hui.
Passons-les rapidement en revue, en commen�ant par ceux qui, ayant, les premiers de nos jours, appel� l'attention sur le monde invisible, symbolisent encore, aux yeux de certains observateurs tr�s superficiels ou peu initi�s, le fait spirite lui-m�me : nous voulons parler des mouvements d'objets sans contact. La Bible (Rois, II, VI, 6) nous raconte qu'Elis�e fait revenir � la surface, en jetant un morceau de bois dans l'eau, un morceau de fer qui y �tait tomb�.
Pour la l�vitation, ce m�me Elis�e, transport� vers les exil�s qui demeuraient pr�s du fleuve du � Kebar � (Ez., III, 14, 15) ; Philippe, qui dispara�t subitement aux yeux de l'Ethiopien et se retrouve � Azoth (Actes, VIII, 39, 40), en sont des exemples remarquables. On peut citer, � propos d'�criture m�dianimique, celui des Tables de la Loi (Exode, XXXII, 15, 16 ; XXXIV, 28). Toutes les circonstances dans lesquelles ces tables furent obtenues prouvent surabondamment l'intervention du monde invisible.
Non moins probante est l'inscription trac�e par une main mat�rialis�e, sur un mur du palais, pendant un festin que donnait le roi Balthazar (Daniel, ch, V).
On pourrait consid�rer comme ph�nom�nes d'apports la manne qui nourrit les Isra�lites pendant leur marche vers Canaan, le pain et le vase d'eau plac�s aupr�s d'Elie � son r�veil, lors de sa fuite au d�sert (Rois I. XIX, 5, 6), etc.
Tous les ph�nom�nes lumineux observ�s aujourd'hui ont �galement leurs parall�les dans la Bible, depuis le rayonnement p�risprital constat� chez Mo�se (Ex., XXXIV, 29, 30) et le Christ (Transfiguration), la production de lumi�res (Actes, II, 3, et IX, 3), jusqu'aux apparitions compl�tes qui ne se comptent pas dans la Bible, tant elles sont fr�quentes[4] .
La m�diumnit� auditive a de nombreux repr�sentants en Jud�e : les appels r�it�r�s adress�s au jeune Samuel (Sam. I, ch. III), la voix qui parle � Mo�se (Exode, XIX, 19), celle qui se fait entendre au moment du bapt�me du Christ, (Luc, III, 22), comme celle qui le glorifie un peu avant sa mort (Jean, XII, 28), sont autant de faits spirites.
Les cures magn�tiques sont innombrables. Tant�t la pri�re et la foi soutiennent l'action fluidique, comme dans le cas de la fille de Ja�re (Luc, VIII, 41, 42, 49-56) ; tant�t la force magn�tique intervient seule, � l'insu de la volont� (Marc, V, 25-34) ; ou bien encore la gu�rison s'obtient par l'imposition des mains, ou au moyen d'objets magn�tis�s (Actes, XIX, 11-12).
La m�diumnit� au verre d'eau se retrouve �galement dans ces r�cits antiques. Qu'est-ce, en effet, que la coupe dont Joseph se servait (Gen�se, XLIV, 5) � pour deviner �, sinon le vulgaire verre d'eau ou la boule de cristal, ou tout autre objet pr�sentant une surface polie, o� les m�diums actuels voient se dessiner des tableaux qu'ils sont seuls � percevoir ?
Dans la Bible, on peut constater encore des cas de clairvoyance, comprenant, alors comme aujourd'hui, songes, intuitions, pressentiments, formes ou d�riv�s de la m�diumnit� qui de tout temps ont �t� fort nombreux et se reproduisent sous nos yeux.
Disons encore un mot de l'inspiration, cet afflux de hautes pens�es qui nous vient de l'Au-del� et donne � nos paroles quelque chose de surhumain. Mo�se, chez qui se rencontrent tous les genres de m�diumnit�, chante � l'Eternel, en diff�rents endroits, des cantiques inspir�s, tel celui du chapitre XXXII du Deut�ronome.
Un cas remarquable, not� dans les Ecritures, est celui de Balaam. Ce mage chald�en c�de aux sollicitations r�it�r�es du roi de Moab, Balak, et vient du fond de la M�sopotamie pour maudire les Isra�lites. Sous l'influence de J�hovah, il est contraint, � maintes reprises, de c�l�brer et de b�nir ce peuple, au d�sappointement croissant de Balak[5] .
Les hommes de Jud�e, ces proph�tes � l'�me ardente, ont, eux aussi, �prouv� les bienfaits de l'inspiration, et c'est gr�ce � ce don, � ce souffle qui anime leurs discours, que l'antique Bible h�bra�que doit d'avoir �t� longtemps consid�r�e comme le produit d'une r�v�lation divine. On a voulu ignorer les taches nombreuses qui s'y d�couvrent aux yeux d'un observateur non pr�venu, l'insuffisance, la pu�rilit� des conseils ou des renseignements demand�s � Dieu (Gen., XXV, 22 ; Sam., I, IX, 6 ; Rois, II, 1, 2 ; Sam., I, XXX, 1-8), alors qu'on nous ferait avec raison un reproche de traiter de ces choses dans les groupes spirites. On oublie les cruaut�s approuv�es, voire m�me command�es par J�hovah, les d�tails scabreux, enfin tout ce qui, dans ce livre, nous r�volte ou m�rite notre bl�me, pour n'y voir que les beaut�s morales qu'il renferme, et surtout l'expression d'une foi vivante et passionn�e qui attend le r�gne de la justice, sinon pour la g�n�ration pr�sente, que l'espoir seul console et soutient, du moins pour celles � venir.

[1] Voir par exemple : Esa�e, XLVII, 12-15.

[2] Voir aussi le fant�me du Livre de Job, IV, 13-16.

[3] Voir Apr�s la Mort, chap. I�

[4] Voir, entre autres faits, dans le II� livre des Macchab�es, l'apparition du proph�te J�r�mie et du grand pr�tre Onias � Judas Macchab�e.

[5] Nombres, XXII, XXIII, XXIV.

 

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